Du baume au corps

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En entrant dans son cabinet, je suis happée par l’odeur d’encens qui reste dans le fond de l’air. Je m’installe sur les fauteuils en rotin et je remarque les mandalas sur les murs, la tenture sur le canapé, le grand poster du kama-sutra de la grossesse, le transat, le poupon désarticulé et les coussins au sol. D’une voix douce, calme, posée, elle m’interroge. Derrière elle, sur le mur, des diplômes d’ostéopathe et de sage-femme. La grossesse, l’accouchement, l’après. Tout y passe. Je me sens écoutée, entendue, respectée. Je pourrais dire enfin, je dirai juste : encore.

Il y a eu cette discussion entamée ici avec cette sage-femme blogueuse, bienveillante, qui m’a fait prendre conscience que même un an après tout était réparable. Il y a eu ce mail envoyé à ma sage-femme, le soir où je me suis sentie prête, pour lui demander ses contacts. Il y a eu ce message, laissé sur le répondeur, et le rendez-vous, deux jours après. Il y a eu l’appréhension et la boule au ventre puis le soulagement en voyant que je pouvais me relâcher, lui faire confiance.

Elle me parle de la mémoire des cellules, de la bienveillance à apporter au coeur (ho le joli lapsus en voulant parler du corps), à ses traumatismes. En dénouant les tissus, elle délie ma parole. Accoucher de son accouchement. Cicatriser de ses cicatrices. Du baume au corps.

[ On a prévu plusieurs séances, entre rééducation (pas de grotte, de vague ni de pont-levis mais un travail sur les tissus) et ostéo. Si j’en parle aujourd’hui c’est que je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, que certaines cicatrices physiques peuvent mettre très longtemps à disparaitre et avoir des répercutions sur nos vies de femme. Il y a des solutions. Il y a – heureusement –  des soignants formidables, qui comprennent que tout ça, ce n’est pas une fatalité. ]

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Un heureux évènement (?)

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“Un des derniers tabous de notre société est la maternité” Eliette Abécassis

J’avais vu ce film avant d’être enceinte et j’avais trouvé le trait exagéré. On a revu ce film il y a quelques jours, et on l’a trouvé très juste (mon amoureux était de la partie). Le corps possédé / dépossédé, l’épreuve pour le couple, le rapport à la famille, la perte de son propre nombril… je me suis reconnue, je nous ai reconnus et j’ai reconnu quelques copines, aussi.

« Il doit y avoir un programme dans le cerveau qui supprime le souvenir de la douleur. Car plus tard, tout se sera effacé de ma mémoire, comme par magie. Mais la vérité c’est ça, dans un accouchement on vous déchire de l’intérieur, et on vous recoud avec du fil et une aiguille. »

Bien sûr, le trait est exagéré par moments (je me suis permis un petit “mais quelle c*nnasse” à la sage-femme du film hum), bien sûr, on vit toutes la maternité de différentes manières, et encore heureux… mais au fond, est ce qu’on n’en passe pas toutes par là? Est ce qu’on peut ressortir indemne d’une grossesse, d’un accouchement?

“Désormais ma vie ne m’appartenait plus. Je n’étais plus qu’un creux, un vide, un néant. Désormais, j’étais mère.”

Happés par ce petit être qui ne semble jamais rassasié, alors que notre corps souffre encore du post partum, dépassés par les pleurs, les demandes permanentes et malgré l’aide, l’écharpe, les conseils, les aménagements… il est facile de s’oublier. Facile d’oublier de prendre le temps de souffler, de se reposer, de s’écouter.

Je me souviens de ce pédiatre, à la maternité, qui m’a dit “si vous avez faim et lui aussi… qui passe en 1er? Et bien c’est vous. Vous lui dites, à votre bébé, que vous avez besoin de manger pour être en forme et vous occuper de lui. Il comprendra… et surtout il a besoin de parents en forme et heureux pour l’être à son tour. Pensez à vous.” J’ai eu tendance à l’oublier.

« Je crevais d’envie de l’aimer. Je crevais d’envie qu’il m’aime. Mais c’était difficile. Mon corps était devenu insensible. Je ne ressentais plus rien qu’une sorte de gène. Infirmières, médecins, sage-femme, obstétriciens… Tellement de gens m’avait touchée, et de façon si mécanique, que désormais, tout était désacralisé. Mon sexe n’avait plus rien de sexuel. Il était devenu… Un endroit de passage. Déchiré, cousu, décousu. Mais jamais vraiment cicatrisé. »

Mais la maternité, la parentalité, c’est aussi, malgré la fatigue, les sentiments contradictoires… malgré cette impression de vide, ce grand chamboulement, cette perte de repère… c’est l’amour qui prend une place immense. Le coeur qui déborde, oui. Pour ce petit truc dans son berceau. Le corps qui se fissure, oui, mais qui retrouve ses marques. Le couple qui en prend un coup, mais l’étincelle au fond des yeux, qui revient. Oui. Et je crois même qu’on remet ça.

 

Lettre à celle d’il y a 230 jours.

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Tu vois cette petite chose nue sur ton sein, qui lève ses grands yeux noirs, interloqués, vers toi? Cette petite chose qui vient de sortir de toi? Je sais ce que tu penses… qui est-il? est ce que c’est bien lui qui bougeait contre ta main? Tu ne le reconnais pas, tu ne l’as pas senti naître, tu ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. Tu es sonnée. Sonnée parce que tu reviens à peine de cette bulle dans laquelle tu t’es enfermée pour échapper à la douleur, à la violence de la situation. Tu oublieras le cri qu’il a poussé, tu oublieras le visage de tous ceux qui étaient là, mais tu n’oublieras jamais son regard, la petite tâche de sang sur son sourcil, l’avidité avec laquelle il s’accroche à toi, la douceur de sa main qui caresse ta peau. Ton fils.

Je sais ce que tu ressens, je sais les pensées qui t’assaillent, le vide dans lequel tu as l’impression de sombrer. Bientôt tu pleureras quasiment tous les soirs. De fatigue, d’impuissance, de colère, de culpabilité. Tu ne comprendras pas toujours ce que tu vis, ce qui t’anime, mais je ne sais pas s’il faut, toujours, tout comprendre. Laisses toi aller. Bientôt, tu les ressentiras ces bouffées d’amour que tu cherches tant. Elles sont déjà là, tu sais, tu ne les vois juste pas. L’animalité avec laquelle tu le protèges, la patience dont tu fais preuve, l’instinct que tu essayes de faire taire. C’est ça, oui, ton rôle de mère.

Ce petit bonhomme qui s’accroche à toi, il a déjà tout compris. Il est très fort, tu le découvriras vite.

Apprends l’indulgence, envers toi, pour lui.

27 jours et nous

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27 jours qu’il est là, dans nos bras. Ce n’est pas une nouvelle vie mais bien la continuité de celle qui avait démarré dans mon ventre, car il n’est pas né ce 1er juillet, il a juste traversé la barrière. Il était déjà là… tellement là!

27 jours à l’air libre, 27 jours de tâtonnements, de découvertes, de “il est vachement beau quand même”, de bisous, de mots doux, de centaines de photos, de larmes, de petites victoires (manger ensemble, regarder un film, ne pas le réveiller en changeant sa couche), d’allaitement, d’erreurs, de discussions sur la couleur de son caca (si j’avais imaginé cela un jour…), de désœuvrement, de couches lavables, d’amour, d’amour fou, envahissant, de… tout ça à la fois.

Je ne vous raconterai pas sa naissance. Par pudeur, pour garder ce moment là pour nous, mais aussi parce qu’il faudra du temps pour que je puisse y penser avec douceur. Je vous dirai juste que la meilleure chose que j’ai pu faire ces 1ers jours-là a été de m’interdire d’intervenir lorsque mon amoureux s’occupait de notre fils. Très très vite, ces deux là se sont trouvés, se sont apprivoisés, se sont fait confiance… Cela paraît anodin, mais c’est un vrai luxe de pouvoir se relayer n’importe quand, et surtout quand on a l’impression de ne pas s’en sortir, quand on a besoin de dormir, de souffler, de faire autre chose que “juste” s’occuper d’un bébé.

Ce 1er juillet 2013, à 9h55, on est devenus une famille. Une vraie.