Histoire d’A…llaitement (part 3 : au fil des jours)

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Alors voilà. Tu rentres chez toi, ton tout petit de 3 jours contre toi, et au milieu de ce nouveau quotidien à apprivoiser, tu essayes de mettre en place l’allaitement, comme on dit.

J’ai assez bien vécu les transformations de mon corps liées à la grossesse. J’avoue que j’ai moins bien vécu celles liées à l’allaitement, plus brutales. La douleur des premiers jours puis celle des premières minutes, qui électrise. L’odeur, de lait, partout, tout le temps. N’avoir aucun soutien gorge à sa taille ou qui convienne. Les tâches, les fuites… devoir jongler entre les habits qui nous vont et ceux qui sont pratiques ou conçus pour allaiter, les voir recouverts de vomi / fuite de lait en 2min30. Oui, c’est purement matériel, mais en plein post-partum, quand on est à fleur de peau, pouvoir se sentir bien en allaitant est un luxe.

Et puis il y a ce petit animal à rassasier, à rassurer, à apprivoiser. Pendant les cours de prépa, j’avais retenu ce principe simple : c’est par l’allaitement à la demande qu’un bébé parvient à se réguler, à apprendre à reconnaître ses besoins et à les satisfaire. Dès que le poc faisait le “pic vert”, dès qu’il montrait le moindre signe de faim, hop! au sein! Cela nous convenait, même si je dois avouer que le soir, les premiers temps, il voulait être en permanence au sein et que je n’y arrivais pas. J’avais besoin de passer le relais, de retrouver mon corps, pour moi. La fatigue de la journée, le fait d’être sollicitée en permanence, c’était quand il en avait le plus besoin que j’étais au final le moins disponible. Je l’ai compris et j’ai accepté de le laisser faire. Et tout est devenu plus simple.

Le fameux cap des 6/8 semaines est passé, c’était parti. Tout s’est régulé par magie et j’ai aimé cette simplicité : pouvoir sortir avec juste une couche, se dire qu’il aura toujours ce dont il a besoin. Ne pas se poser la question sur ce qu’il mange, quand, en quelle quantité : se faire confiance, mutuellement. (et ne pas avoir de biberons à laver ni de lait à acheter : bon-heur.) (je m’égare)

Le poc a été allaité 8 mois et demi, et sans ses soucis d’allergies alimentaires, il le serait encore sûrement. L’allaitement s’écrit à deux, avec le soutien du conjoint, j’en suis persuadée. Mais dans cette valse entre le bébé et nous, il faut sans cesse s’adapter, se questionner, changer… pour que cela se poursuive dans la sérénité. Les pics de croissance, les simili grèves, le bébé qui bouge, griffe, s’agrippe, se jette en arrière, mord… oui, on y a toutes droit. Mais on explique, on pose aussi des limites, en douceur. Et on continue. Parce que l’allaitement, malgré tout, c’est bien plus que tout ça.

Je n’ai jamais vécu l’allaitement comme un enfermement ni comme une fin en soi. Je n’ai jamais eu l’impression de faire ça pour lui, pour telle ou telle raison “médicale”. J’ai utilisé mon tire-lait, je suis partie, j’ai été à des rendez-vous sans lui, j’ai pris du temps pour moi. J’ai allaité sur des bancs, sur des marches d’escalier, sous des porches, dans des galeries commerciales, dans ma voiture, chez des amis, sur une aire d’autoroute, à deux mariages, dans des salles d’attente, pendant qu’on le vaccinait, en sling, en écharpe, debout, dans des magasins entre deux rayons, à table, sur mon canapé, dans mon lit, en dormant, en mangeant, en téléphonant, en riant, en soupirant…

J’ai allaité mon fils. Tout simplement.

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Histoire d’A…llaitement part 2 : à la maternité

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et il est né…

Alors qu’on était tous les deux sonnés par cette naissance, tout doucement, je l’ai approché de mon sein et il s’est mis à téter. Sa petite bouche parfaitement ouverte, parfaitement placée, il m’a montré qu’il savait déjà.

Nous sommes restés 3 jours à la maternité. 3 jours durant lesquels je l’ai gardé en peau-à-peau, où j’ai essayé d’être à l’écoute des besoins de mon bébé, pour favoriser la montée de lait. Au moindre signe d’éveil, je le mettais au sein. Même s’il l’avait lâché 3min plus tôt. L’auxiliaire de puériculture passait vérifier qu’il tétait bien, lui caressait le cou, l’encourageant à continuer (et j’ai vite compris que cela énervait mon Poc tout juste né). Je devais également noter les heures des tétées et leur durée sur une feuille… chose que j’ai fait au pif, trouvant ça assez infantilisant et absolument pas compatible avec l’allaitement à la demande.

Je me rappelle du 2ème soir, la “nuit de la java” comme on l’appelle. Le Poc ne cessait de pleurer que lorsqu’il était au sein et moi, je n’en pouvais plus. J’avais très mal et vers 2h du matin, j’ai craqué. On n’arrivait plus à le consoler, je ne supportais plus qu’il tète, on a essayé les bouts de seins sans succès et quand la sage femme m’a proposé de lui donner un complément, j’ai dit oui. Ca allait contre le peu de principes que j’avais, mais en pratique, quand tu n’en peux plus, tes principes, tu t’assoies dessus. Le Poc s’est calmé, il s’est enfin endormi… et je me suis retrouvée en tête à tête avec le tire-lait qu’elle m’a emmenée, incapable de m’en servir. Je ne sais même pourquoi elle m’a demandé de m’en servir, mais je l’ai vécu comme une menace. Cette machine était là pour prendre mon relais. Pourquoi???

J’ai pleuré, beaucoup… me sentant incapable, faible. L’auxiliaire de puériculture est arrivée à ce moment là et m’a jeté cette phrase assassine au visage : “mais, vous êtes sûre que vous voulez vraiment allaiter votre bébé?” Oui, j’en étais sûre. Et non, ce n’est pas avec ce genre de phrases qu’on aide les mères.

Le lendemain, la montée de lait s’est faite, le Poc a été pesé et j’ai senti qu’on m’a enfin fait confiance. Mon fils avait pris du poids, j’étais donc capable, compétente, apte à. Mais que se serait-il passé si ce n’avait pas été le cas? Combien de mères sont “sous pression” à la maternité? Combien sont noyées sous les conseils contradictoires? Combien d’allaitement tombent à l’eau pendant ces quelques petits jours?

Une fois à la maison, je pensais que ce serait beaucoup plus simple : plus de pesée journalière, plus de mauvais conseils… juste notre bébé et nous. J’étais un peu naïve…

Histoire d’a…llaitement (part 1)

Aujourd’hui, sur twitter, j’ai lu une phrase qui disait grosso modo “l’allaitement c’est difficile au début mais personne n’en parle, c’est tabou”. Ca m’a parlé, j’ai voulu réagir et puis… 140 car. c’est trop peu, ça valait bien un billet (ou plusieurs… je ne sais pas encore combien…)

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Je me souviens de l’entretien du 4ème mois chez la sage-femme, de sa question sur notre souhait (ou non) d’allaiter. Oui, NOTRE souhait, à mon conjoint et moi. Je me souviens de ma réponse : “je ne me vois pas faire autrement, mais j’ai peur“. Peur de ne pas savoir faire (oui!) peur de la douleur, peur de la fatigue, peur d’échouer. En l’écrivant, je me rends compte à quel point on marche sur la tête, car ces craintes là, qui ne les a pas en France en 2014?

Je n’ai aucun souvenir de femme allaitant devant moi. Je n’avais aucun exemple d’allaitement long mais une succession de “je n’avais pas assez de lait” “il a vite préféré le biberon” “ça n’a pas marché” “mon lait n’était pas assez riche” “mon bébé n’a jamais su téter” “qu’est ce que j’ai eu mal”. Comment se sentir à l’aise après ça? Comment se dire qu’on est compétente alors qu’on croule sur les messages publicitaires et que la norme semble être le biberon?

Ma sage-femme, qui est aussi consultante en lactation, a su trouver les mots pour me rassurer. En l’écoutant j’ai vite compris que ces femmes avaient sûrement été mal conseillées, qu’il y avait énormément d’idées fausses sur l’allaitement, que beaucoup de professionnels de santé n’étaient pas formés et/ou mal informés. Il y a, oui, des femmes qui ne peuvent pas allaiter. Mais elles sont beaucoup plus rares que ce que l’on entend. Aujourd’hui, on a le choix de pouvoir allaiter ou non. Et ce choix devrait être respecté, accompagné. (et cela marche aussi pour les femmes ne souhaitant pas allaiter, que cela soit bien clair!)

J’ai choisi, en sortant de son cabinet, d’essayer (car ce n’est pas toujours facile, on a besoin de se préparer, aussi) d’écouter le moins de monde possible et de questionner les bonnes personnes. Ma sage-femme, ce jour-là, m’a seulement dit qu’elle serait là pour répondre à mes questions, qu’elle serait là en cas de problème, même tard, même le week-end, même dès la maternité. Je ne savais pas comment faire, je ne savais pas si j’allais y arriver, mais je savais vers qui me tourner en cas de souci, et c’était déjà énorme!

J’ai suivi les cours de préparation à l’accouchement et j’en ai retenu deux choses qui m’ont paru essentielles :

  • l’allaitement répond au principe de l’offre et de la demande (ou plutôt de la demande et de l’offre!!!) : c’est en tétant que le bébé envoie le message au corps de fabriquer du lait. Plus il tète, plus il y aura de lait.
  • l’allaitement ne doit pas faire mal (passé les premières secondes / minutes) sinon il peut y avoir un problème de position du bébé ou un problème autre qui demande l’oeil expert d’un professionnel formé à l’allaitement (sage-femme, consultant en lactation…)

Pour tout le reste, il allait falloir qu’on se fasse confiance, mon bébé et moi, mais ça, je ne le savais pas encore…

edit 1: On connaît toutes la leche league (qui m’a beaucoup aidé aussi), mais je vous conseille également le site “IPA informations pour l’allaitement” et notamment cette rubrique que je trouve très intéressante : http://www.info-allaitement.org/index.php/fildesmois.html#grossesse

edit 2 : pour l’avoir vu sur d’autres blogs, je sais que c’est un sujet sensible. Merci de rester courtois et ouverts dans vos commentaires…

 

le bébé vertical (où on cause allergies)

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Quand tu as un bébé, il faut que tu le saches : au moindre petit mal dont souffrira ton enfant, tu entendras pendant 3 mois “c’est les coliques” puis “c’est les dents“. Pour tout. Tout le temps.

Je crois que tout a commencé quand il avait 3 semaines. Je me souviens avoir prononcé le mot “reflux” chez le médecin, je me souviens des granules d’homéopathie pour son ventre gonflé et douloureux, je me souviens surtout d’avoir arrêté les produits laitiers “purs” pour mon REF et que tout s’est subitement calmé. C’est notre premier enfant, je me rappelle surtout ne pas avoir été vraiment écoutée.

Je me souviens du mois d’octobre et des premiers jours de novembre, de ces longues journées sans pouvoir le poser, des micro siestes sur moi, des longues heures à le bercer, des hurlements pendant son sommeil, de ce bébé qui passait du rire aux larmes de douleur, qui se jetait en arrière, de mon épuisement tant il était demandeur. Je me souviens avoir dit “j’ai l’impression qu’il a comme un bruit de fond qui le dérange en permanence“. Je ne parvenais pas à manger le midi, je n’arrivais pas à le laisser sur le dos, le ventre, le côté, mon bébé voulait être contre moi, en écharpe, vertical et il n’y avait que comme ça qu’il était bien. Je ne parle pas des nuits…

Et puis, sur les bons conseils de mon amie blonde qui est passée par là avec son adorable BBB, j’ai ôté toutes les protéines de lait de vache (nos amis les PLV) de mon alimentation, le poc étant à 100% allaité. J’ai appris à lire les étiquettes, à faire attention à tout, tout le temps. En 3 jours les 1ers résultats étaient là, en 15 jours j’avais l’impression d’avoir un autre bébé à la maison. Plus de vomissements ni de diarrhées, certes, mais surtout un bébé que je peux poser, un bébé détendu, qui joue tranquillement sur son tapis, un bébé… normal? Le premier “fail” a confirmé le diagnostic : 3 heures de pleurs, des vomissements, des couches explosives… il n’y avait plus de doute. J’ai continué l’éviction très stricte et mon petit bonhomme a changé du tout au tout. Cette éviction nous a permis d’identifier assez vite les autres aliments qu’il supportait mal : le boeuf, le veau, le chocolat, le soja puis l’oeuf.

Peu de temps avant noël j’ai remarqué quelques petits boutons dans son cou. En 2 jours il était entièrement recouvert d’eczéma : la tête, le dos, le torse, les bras, les jambes dans une moindre mesure… les plaques sur son visage enflaient dès qu’il tétait et pourtant mon médecin était sceptique quand je lui ai parlé de ses allergies alimentaires. Elle pensait à l‘intolérance au lactose mais cela s’arrêtait là. Sceptique, oui, mais elle m’a fait confiance en nous renvoyant vers une allergologue spécialisée dans les bébés. En attendant on a retiré de mon alimentation les suspects potentiels et en 48h la crise est passée là où les corticoïdes et les anti histaminiques étaient peu efficaces.

Le rendez-vous avec l’allergologue nous a permis de faire le point sur les aliments suspects, de commencer les tests, d’avoir des réponses à nos questions, un accompagnement. On a pu commencer la diversification en étant plus confiants (je vous en parle bientôt) et faire les tests de réintroduction des aliments suspects.

Le Poc souffre de ce qu’on appelle des intolérances alimentaires, d’allergies à effet retardé (les manifestations ayant lieu quelques heures ou quelques jours après l’ingestion). Il ne risque (à priori) pas de choc allergique en mangeant ces aliments, mais son corps réagit à leur contact avec de l’eczéma, une amplification de son rgo, des vomissements et diarrhées. La semaine dernière nous avons eu une nouvelle mauvaise surprise avec la découverte d’un outsider : l’allergie à la farine de blé ou l’intolérance au gluten, on le saura plus tard. On ne l’avait pas vu venir, le plus fou étant que l’allergo l’a testé au hasard! Cela pourrait être le point de départ de ses autres intolérances alimentaires, de la cassure nette de sa courbe de poids, du ralentissement de sa courbe de croissance.

Aujourd’hui je me prépare à arrêter l’allaitement pour préserver sa santé. L’éviction des plv, du soja, de l’oeuf ne me posaient pas autant de problèmes que celle du blé/gluten (l’allergologue me l’a d’ailleurs interdit) alors pour lui, je me résigne. Je profite de ses dernières tétées câlin, de sa petite main qui s’accroche, de ces moments rien qu’à nous.

J’espère que ce témoignage pourra aider d’autres parents… parce que même si on vous dit “c’est les coliques, les dents, la lune”, si vous sentez que quelque chose d’autre peut clocher, il se peut, aussi, que vous ayez raison.

Si on parlait… du don de lait?

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Durant ma grossesse, la question ne s’est même pas posée : j’allaiterais le Poc, c’était une évidence. Et une autre évidence s’est vite imposée à moi : je voulais, si possible, donner mon lait. Pourquoi? parce que cela me semblait naturel.

Alors que mon minuscule avait tout juste 3 semaines, la collectrice est venue nous voir pour m’apporter le matériel nécessaire et répondre à mes questions. Je déplore un peu le fait que personne ne soit passé à la maternité pour m’informer sur le don de lait comme cela peut se faire ailleurs… c’est ce qui me pousse aujourd’hui à en parler ici.

Le lait maternel est l’aliment le plus approprié (et le seul) pour les grands prématurés et pour certains enfants atteints de pathologies particulières. Aujourd’hui il y a pénurie de lait dans la plupart des lactariums, la collectrice m’expliquait qu’ils ne peuvent pas fournir de lait pour tout le monde faute de donneuses. Quand on sait que certains grands prématurés ont besoin de seulement 1ml pour se nourrir, grandir et se développer, cela donne à réfléchir sur l’importance des dons.

Concrètement, ça se passe comment?

Le lactarium fournit tout le matériel nécessaire : biberons, pastilles de stérilisation, étiquettes pour la traçabilité, tire-lait manuel (une simple poire), un médecin remplit un certificat médical et une prise de sang est à faire tous les 3 mois.

Du côté du donneur, des règles strictes d’hygiène sont à respecter : stérilisation de tout le matériel (tire-lait et biberons de recueil) (en vrai, on nettoie puis on fait tremper dans un bac avec pastille de stérilisation), on stocke le lait au frigo maximum 48h puis on congèle le tout. La collectrice passe toutes les semaines récupérer les dons, le lait est ensuite analysé puis mélangé à celui des autres donneuses pour être acheminé en lots vers les hôpitaux et les services de néonatalogie.

Et moi, dans tout ça?

J’ai donné mon lait pendant 3 mois. Je donnais le surplus, j’ai rarement tiré mon lait exprès : fatigue, bébé koala… je savourais la moindre minute de libre. Nos semaines ont été rythmés par les passages de la collectrice et j’ai aussi aimé ces moments de partage autour de l’allaitement et de la maternité. J’ai donné un peu plus de 13l et j’ai arrêté à contre-coeur, seulement parce que je ne parvenais plus à tirer mon lait. Cela ne m’a jamais semblé lourd ou contraignant, je ne me suis jamais sentie obligée de le faire, j’avais du lait en trop, l’allaitement se passait bien, il était naturel que cela puisse profiter à d’autres.

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Pour vous informer et trouver le lactarium le plus proche de chez vous : association des lactariums de France

Et si vous avez des questions, j’y répondrai avec plaisir en commentaire.