Un heureux évènement (?)

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“Un des derniers tabous de notre société est la maternité” Eliette Abécassis

J’avais vu ce film avant d’être enceinte et j’avais trouvé le trait exagéré. On a revu ce film il y a quelques jours, et on l’a trouvé très juste (mon amoureux était de la partie). Le corps possédé / dépossédé, l’épreuve pour le couple, le rapport à la famille, la perte de son propre nombril… je me suis reconnue, je nous ai reconnus et j’ai reconnu quelques copines, aussi.

« Il doit y avoir un programme dans le cerveau qui supprime le souvenir de la douleur. Car plus tard, tout se sera effacé de ma mémoire, comme par magie. Mais la vérité c’est ça, dans un accouchement on vous déchire de l’intérieur, et on vous recoud avec du fil et une aiguille. »

Bien sûr, le trait est exagéré par moments (je me suis permis un petit “mais quelle c*nnasse” à la sage-femme du film hum), bien sûr, on vit toutes la maternité de différentes manières, et encore heureux… mais au fond, est ce qu’on n’en passe pas toutes par là? Est ce qu’on peut ressortir indemne d’une grossesse, d’un accouchement?

“Désormais ma vie ne m’appartenait plus. Je n’étais plus qu’un creux, un vide, un néant. Désormais, j’étais mère.”

Happés par ce petit être qui ne semble jamais rassasié, alors que notre corps souffre encore du post partum, dépassés par les pleurs, les demandes permanentes et malgré l’aide, l’écharpe, les conseils, les aménagements… il est facile de s’oublier. Facile d’oublier de prendre le temps de souffler, de se reposer, de s’écouter.

Je me souviens de ce pédiatre, à la maternité, qui m’a dit “si vous avez faim et lui aussi… qui passe en 1er? Et bien c’est vous. Vous lui dites, à votre bébé, que vous avez besoin de manger pour être en forme et vous occuper de lui. Il comprendra… et surtout il a besoin de parents en forme et heureux pour l’être à son tour. Pensez à vous.” J’ai eu tendance à l’oublier.

« Je crevais d’envie de l’aimer. Je crevais d’envie qu’il m’aime. Mais c’était difficile. Mon corps était devenu insensible. Je ne ressentais plus rien qu’une sorte de gène. Infirmières, médecins, sage-femme, obstétriciens… Tellement de gens m’avait touchée, et de façon si mécanique, que désormais, tout était désacralisé. Mon sexe n’avait plus rien de sexuel. Il était devenu… Un endroit de passage. Déchiré, cousu, décousu. Mais jamais vraiment cicatrisé. »

Mais la maternité, la parentalité, c’est aussi, malgré la fatigue, les sentiments contradictoires… malgré cette impression de vide, ce grand chamboulement, cette perte de repère… c’est l’amour qui prend une place immense. Le coeur qui déborde, oui. Pour ce petit truc dans son berceau. Le corps qui se fissure, oui, mais qui retrouve ses marques. Le couple qui en prend un coup, mais l’étincelle au fond des yeux, qui revient. Oui. Et je crois même qu’on remet ça.

 

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6 thoughts on “Un heureux évènement (?)

  1. Je sais pas si c’est tabou, ou bien si, avant de se faire déchirer, on ne peut pas croire ou on ne veut pas croire, ou se rendre compte de la boucherie émotionnelle (et souvent physique malheureusement) que c’est. Ce film, je me suis étonnée qu’il choque, parce que moi je l’avais trouvé un peu… Édulcoré, esthétisé… Par rapport à mon vécu. Moi je pensais pas que c’était possible, d’avoir si mal, d’être aussi maltraitée, d’avoir si peur, d’avoir autant de séquelles d’un accouchement (et moi ma mémoire ne s’est pas du tout, du tout effacée comme par magie). Et au-delà du physique, je me rendais pas du tout compte de l’enchainement et de la solitude abyssale que ça implique, un bébé, il n’y a pas de répit, jamais.

    Et pourtant, à AUCUN moment toit ça n’a remis en question mon bonheur d’être mère et mon envie d’être mère à nouveau.

    • Personnellement j’ai oublié les sensations physiques de douleur liées à l’accouchement mais je n’ai pas oublié tout le reste. La violence psychologique et la maltraitance des soignants restent ancrées…

      Je me reconnais beaucoup dans ce que tu dis en tout cas, ça fait aussi écho à ce dont on parlait hier soir… Je te hug bien fort ma copine ❤

    • Je ne sais pas si ce qu’on peut ressentir est vraiment lié au caractère de l’enfant. J’ai l’impression que c’est plus profond que ça… être mère, être parent, au delà du seul fait d’avoir un enfant, est une épreuve pour beaucoup. Une jolie épreuve, avec beaucoup de bonheurs, mais une épreuve quand même.

  2. C’est drôle, on parlait récemment de ce film dans un forum de sages femmes. Beaucoup étaient énervées de la caricature de sage femme présentée, trouvaient le trait exagéré… Moi j’ai apprécié le fait qu’on parle enfin de la difficulté d’être mère et que le processus a beau être physiologique (nous sommes effectivement faites pour ça…), l’ensemble est bien plus complexe ! Toutes les situations existent. On peut bien vivre tout ça, mal vivre tout ça, bien vivre certaines parties et mal d’autres… Peu importe ! C’est un chemin qui nous est personnel et unique. La place de la médecine est malheureusement le plus souvent maltraitante (involontairement peut être mais ça n’est pas une excuse !) et rien ne me glace plus le sang quand je demande la permission d’examiner une patiente que la réponse : “Oh ben allez y ! De toute manière, il y en a tellement qui sont passés par là !”
    Etre parent est un chemin et on on peut se réconcilier avec les mauvais souvenirs, si on est accompagné correctement. Il n’est jamais normal de souffrir, et on ne doit pas s’y résoudre !

  3. J’ai regardé le film pendant ma grossesse et même en y repensant maintenant que le fiston a 8 mois, je ne me suis pas vraiment reconnue (à part quelques clichés par-ci par-là que toutes les femmes vivent pendant cette période là j’imagine).
    Mais surtout, je n’ai absolument pas eu le sentiment que mon sexe était désacralisé, au contraire… J’ai peut-être eu de la chance de tomber sur une équipe médicale très respectueuse je ne sais pas.
    J’ai aussi trouvé l’histoire d’amour des protagonistes très triste à partir du moment où ils ont un enfant (et là où la plupart de mes amies ont vu de l’espoir à la fin du film, personnellement j’y ai plutôt vu un enfermement et une fatalité…).
    Après je me rends compte que ce film dépeint une certaine réalité, je suis simplement contente que ce ne soit pas la mienne ^^’

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