Lettre à celle d’il y a 230 jours.

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Tu vois cette petite chose nue sur ton sein, qui lève ses grands yeux noirs, interloqués, vers toi? Cette petite chose qui vient de sortir de toi? Je sais ce que tu penses… qui est-il? est ce que c’est bien lui qui bougeait contre ta main? Tu ne le reconnais pas, tu ne l’as pas senti naître, tu ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. Tu es sonnée. Sonnée parce que tu reviens à peine de cette bulle dans laquelle tu t’es enfermée pour échapper à la douleur, à la violence de la situation. Tu oublieras le cri qu’il a poussé, tu oublieras le visage de tous ceux qui étaient là, mais tu n’oublieras jamais son regard, la petite tâche de sang sur son sourcil, l’avidité avec laquelle il s’accroche à toi, la douceur de sa main qui caresse ta peau. Ton fils.

Je sais ce que tu ressens, je sais les pensées qui t’assaillent, le vide dans lequel tu as l’impression de sombrer. Bientôt tu pleureras quasiment tous les soirs. De fatigue, d’impuissance, de colère, de culpabilité. Tu ne comprendras pas toujours ce que tu vis, ce qui t’anime, mais je ne sais pas s’il faut, toujours, tout comprendre. Laisses toi aller. Bientôt, tu les ressentiras ces bouffées d’amour que tu cherches tant. Elles sont déjà là, tu sais, tu ne les vois juste pas. L’animalité avec laquelle tu le protèges, la patience dont tu fais preuve, l’instinct que tu essayes de faire taire. C’est ça, oui, ton rôle de mère.

Ce petit bonhomme qui s’accroche à toi, il a déjà tout compris. Il est très fort, tu le découvriras vite.

Apprends l’indulgence, envers toi, pour lui.

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5 thoughts on “Lettre à celle d’il y a 230 jours.

  1. Beaucoup d’émotions dans ce billet. Beaucoup de souffrance et tellement d’amour…
    Je suis convaincue qu’on apprend à être mère…un peu plus chaque jour et un peu plus à chaque enfant.
    De là où je suis, tu assures grave.

  2. Etant une jeune maman, je comprend totalement chaque mot de ce billet. De nombreuses fois je me suis demandée si j’étais normale.
    J’avais cette impression qu’autour de moi, les femmes se sentaient “maman” dés qu’on leur posait bébé sur le ventre. Je n’osais pas leur dire que je ne ressentais pas cela.
    Pour ma part, l’amour envers mon fils grandi de jour en jour à présent, mais les débuts ont été difficiles. Merci de nous avoir fait partager vos émotions

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